CENTRE D'ETUDES HISTORIQUES - 11270 FANJEAUX
Fin du monde et signes des temps. Visionnaires et prophètes
Cahier 27.
Présentation générale
On parle souvent, de façon d’ailleurs très excessive, des «terreurs de l’an Mille». En fait, l’obsession de l’approche de la fin du monde et la recherche de ses signes annonciateurs dans les événements caractérisent bien plutôt la période qui s’étend entre 1280 et 1430, qui fut marquée par de terribles ébranlements, tant sur le plan démographique (Peste noire, épidémies diverses, mortalités dues aux guerres et aux famines) que sur le plan politique et religieux (conflits entre l’Eglise et les monarchies nationales, absence prolongée de la papauté de Rome, Grand Schisme d’Occident, etc. ... ). Dans ce contexte tragique, on vit se multiplier, surtout dans les pays méditerranéens (Catalogne, Languedoc, Provence, Italie) des personnages qui affirmaient délivrer de la part de Dieu des messages à la chrétienté, afin de lui permettre de profiter du répit qui la séparait du Jugement dernier pour porter remède à ses vices et à ses insuffisances.
Ce phénomène de la «parole inspirée» a revêtu une importance considérable dans le Sud de la France actuelle, grâce à des personnalités comme les franciscains Pierre de Jean Olieu et Jean de Roquetaillade, ou les dominicains Robert d’Uzès et Vincent Ferrier. Les uns furent plutôt des visionnaires; d’autres privilégièrent la prophétie, conçue non pas comme une inspiration divine mais comme l’art d’interpréter les textes prophétiques déjà connus, en les mettant en relation avec les vicissitudes politiques et religieuses de l’époque.
L’incertitude de l’avenir et la conviction que la fin du monde serait précédée par une régénération de l’Église et de la société chrétienne ont favorisé alors l’essor d’une pensée utopique, que l’on aurait tort de considérer comme la simple expression d’imaginations exaltées ou déréglées, alors qu’il s’agit en fait d’une tentative passionnée et passionnante pour trouver la clé des mystères qui entourent les actions humaines et, en dernière analyse, le sens de l’histoire la plus contemporaine.
Sommaire
Introduction, pp. 7-10. Marie-Humbert Vicaire.
I. L’ATTENTE ESCHATOLOGIQUE AUTOUR DE 1300
• L’apport de Raoul Manselli à l’histoire de l’eschatologie médiévale, pp. 21-31.
Edith Pasztor.
• Robert d’Uzès revisité, pp. 33-47.
Paul Amargier.
• L’oeuvre eschatologique de Pierre Jean-Olieu et son influence. Un bilan historiographique, pp. 49-61.
Giulia Barone.
• A la recherche des traces authentiques de Joachim de Flore dans la France méridionale, pp. 63-80.
Roberto Rusconi.
• Extase et visions chez Frère Roger de Provence, pp. 81-105.
Claude Carozzi.
• La vision de la fin des temps chez Arnaud de Villeneuve. Contenu théologique et expérience mystique, pp. 107-127.
Francesco Santi.
• Aux origines du succès des vaticinia de summis pontificibus, pp. 129-156.
Hélène Millet, Dominique Rigaux.
II. CRISE DE L’ÉGLISE ET DE LA SOCIÉTÉ ET ASPIRATIONS AU RENOUVEAU, DES PAPES D’AVIGNON AU GRAND SCHISME
• Hommage à Madame Jeanne Bignami-Odier, pp. 159-170.
Louis Boisset.
• L’univers visionnaire de Jean de Roquetaillade, pp. 171-190.
Sylvie Barnay.
• Eschatologie, spiritualité et politique dans les confédérations catalano-aragonaise. 1282-1412, pp. 191-235.
Martin Aurell i Cardonna.
• Perceforêt et Merlin. Prophétie, littérature et rumeurs au début de la guerre de Cent-Ans, pp. 237-255.
Colette Beaune.
• La papauté d’Avignon et l’astrologie, pp. 257-293.
Jean-Patrice Boudet.
• Les visions cosmiques d’Opicinius de Canistris, pp. 295-307.
André Vernet.
• Les visions et révélations de Marie Robine d’Avignon, dans le contexte prophétique des années 1400, pp. 309-329.
Matthew Tobin.
• Prophétisme et eschatologie dans la prédication méridionale de Saint, pp. 331-349. Vincent Ferrier
Benoît (Bernard) Montagnes.
Conclusion, pp. 351-359. André Vauchez.